Dimanche 20 février 7 20 /02 /Fév 00:00
Entre violation de dossiers confidentiels et rumeurs de trafic, la valise diplomatique fait la part belle aux fantasmes. Chronique d’un système postal original qui reste aujourd’hui encore très tabou.
 
Chaque État, chaque organisation internationale, possède une valise diplomatique attitrée. Aussi usuel soit cet instrument de pouvoir, il reste pourtant emprunt d’un voile de mystère rarement soulevé si ce n’est par bribes… et sous couvert d'anonymat. “La valise diplomatique n’est autre qu’un système d’acheminement un peu particulier du courrier et des documents dont ont besoin les missions diplomatiques à l’étranger”, explique un représentant du Quai d’Orsay. Car la valise diplomatique ne tient pas plus du bagage que de l’accessoire de trafic. C’est un réel outil de travail des pouvoirs publics, qui a perdu de sa signification politique avec le temps.

La valise tient son titre de la tradition : “Chaque pays à son appellation que personne n’a jamais songé à changer – comme le courrier de la Reine en Grande-Bretagne”, souligne le diplomate. “C’est une sorte d’appellation de marque.” Dans les faits, la valise diplomatique porte bien mal son nom. Comme le décrit Alain Plantey dans son ouvrage Principes de diplomatie, “il s’agit plutôt de sacs postaux, de petits coffres fermés par des combinaisons voire de véhicules entiers à condition qu’une marque extérieure et visible établisse leur caractère”.

Des courriers de cabinet à la valise
 
Si “elle ne s’est pas toujours appelée « valise diplomatique »”, elle “a toujours existé, car elle fait partie des besoins inhérents aux États”, explique le même représentant du Quai. Son aïeul, les “courriers de cabinet”, occupait déjà cette fonction en permettant d’acheminer “la dépêche de l’ambassadeur”. Autre constante, la violation des correspondances diplomatiques était et reste une infraction au droit international.

Car ouvrir la valise diplomatique peut revenir à violer des documents confidentiels. D’où l’utilité d’une régulation. D’abord coutumier, puis consacré par la convention de Vienne de 1961, le droit des transmissions diplomatiques, est précis : la valise diplomatique est inviolable et ne peut être ouverte par aucune autorité douanière. Un privilège au centre de toutes les controverses, car “rien n’empêche qu’on y glisse des choses illicites”, souligne Yves Daudet, professeur de droit international à la Sorbonne. La balance des intérêts des États n’est donc pas chose aisée : “Chacun en est arrivé à proposer sa solution. La Grande-Bretagne demande l’ouverture de la valise en présence de quelqu’un de l’ambassade concernée. Si l’ouverture est refusée, l’État d’accueil peut demander le retour de la valise. D’autres ont opté pour des procédés plus techniques, comme passer la valise au rayon X.”
C’est en partie cette réputation sulfureuse qui lie les langues quand on désire parler de la valise diplomatique. Éviter de nourrir le mythe populaire semble être le mot d’ordre et les témoignages sont difficiles à recueillir. Pour Michel Dechen, chef du groupe de la valise diplomatique des Nations unies, cette réaction est tout à fait compréhensible et n’a rien d’une spécificité française : “La confidentialité et la sécurité doivent toujours prévaloir, car la valise a un statut bien spécifique, inscrite dans des traités unilatéraux et multilatéraux. Cela peut expliquer bien des réticences.”

Ce secret explique tous les fantasmes autour de la valise diplomatique, qui reste avant tout un instrument de travail. En période de conflit comme en temps de paix, elle a permis de surmonter les interdits et blocages de certains régimes. “En 1870-71, certains courriers ont pu sortir de Paris assiégé par les Prussiens uniquement grâce à la valise diplomatique américaine”, explique François Guilbaud, président du cercle de philatélie Les amis de Marianne. Un phénomène qui s’est perpétué avec les années, la valise devenant parfois un instrument de première nécessité, comme en atteste un ancien diplomate : “Durant la Guerre froide, la valise était très importante dans les pays du bloc communiste, car elle permettait d’acheminer des médicaments qu’on ne trouvait pas en URSS.”

Instrument de confort ?
 
Mais l’avènement de nouvelles technologies, a privé la valise diplomatique de son intérêt. “Le secret politique qu’il y avait autour du courrier diplomatique n’est plus le même aujourd’hui. Avec le télégramme codé, le téléphone couvert et les rencontres de plus en plus fréquentes entre les chefs d’État, les décisions réellement importantes ne passent plus par la valise diplomatique. Elle n’est plus un réel moyen de communication politico-diplomatique”, explique cet ancien du Quai.
En réalité, la valise diplomatique est plutôt devenue un outil de confort pour les personnes qui en bénéficient. Pierre-Louis Blanc, ancien directeur de l’ENA et diplomate, l’illustre dans son autobiographie* : “Les valises diplomatiques qui partent de Tokyo contiennent les spécialités – alimentaires – rares qu’expédie notre consul général à Tokyo […] et quelques fourmes de fromages fabriquées dans l’Hokkaïdo par un couvent de bonnes sœurs françaises.” De là à parler d’utilisation personnelle de la valise diplomatique, le raccourci serait trop rapide, comme le rappelle le représentant du ministère des Affaires étrangères : “Tout usage privé est totalement interdit. La valise doit uniquement servir à l’envoi de choses servant à la bonne marche du poste et les denrées alimentaires le sont rarement.”

Reste que certains postes sont réputés, dans le milieu diplomatique, pour leur utilisation pour le moins détournée de la valise diplomatique : “La valise a toujours été utilisée par le personnel pour « importer » des bouteilles d’alcool dans les pays arabes où leur consommation est interdite. Jusqu’au moment où les autorités locales s’en sont aperçues et ont commencé à faire tomber les bouteilles de quatre ou cinq mètres de haut, au moment du déchargement pour qu’elles n’arrivent pas à bon port”, s’amuse l’ancien diplomate. À croire que le mystère de la valise diplomatique n'impressionne plus vraiment.
 
Par Jean-François T. - Publié dans : Culture
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