Entreprendre à gauche
Jentends trop souvent que la gauche (on pensant aux socialistes) se positionne contre les patrons, contre lesprit dentreprise Voilà une réponse dune fervente socialiste qui me convient et illustre ma pensée :
« le service public même modernisé ne doit pas obéir aux règles du marketing : ses usagers ne sont pas au sens strict des « clients ». Sinon quest ce qui les distinguerait des entreprises privées ? Ils doivent assumer un rôle de péréquation qui assure à toute une égalité de traitement, et les bénéficiaires du service public veulent être dans une relation de confiance qui leur garantit que leurs besoins sont pleinement pris en compte. Cest la différence avec le marché qui est fondé sur un compromis dintérêts, entre celui du consommateur et celui de lentreprise.
Mon idéal nest pas idéaliste. Je suis socialiste, parce que je me considère comptable des droits et des libertés de chacun : je pars du principe que ma propre liberté est en jeu. [ ] Pour moi entreprendre est une valeur éminente, mais je noublie pas que si certains en ont les moyens, dautres ne les ont pas. Cest là que je me sépare du libéralisme. La recherche du progrès individuel nest justifiable que sil est coextensif au progrès collectif. Cest en cela que je me situe à gauche. Je nai jamais eu le complexe de la méfiance, si souvent imputé aux socialistes, à légard de ceux qui entreprennent pour produire de la richesse, au contraire, mais à la condition que cette richesse trouve son utilité collective. Je veux parler de la redistribution, de lattention aux besoins de toute la population, mais aussi de la nécessité de conserver à la puissance publique son autonomie de décision et sa capacité daction. »
Extrait du livre de Catherine Trautmann intitulé Sans détour aux éditions du Seuil (2002)